Errances

29 octobre 2020

Filed under: - euridix — euridix @ 21:41

Dans ce salon, il fait sombre. Quelques livres dans une bibliothèque sont rangés au cordeau. Les rideaux sont tirés, opacifiants la lumière. Une méridienne, en bon état, me fait comme des clins d’œil pour que j’aille m’y étendre. Je m’y étends. La suite m’a semblé étrange.
Ça a démarré avec un craquement. Alors forcément, je suis alerte, pas sur mes gardes mais aux aguets. J’entends des gens qui s’esclaffent, des verres ballons qui trinquent. Comme si c’était la fête à l’étage. En retrait, sur la méridienne, je me serai bien assoupie. Mais c’était sans compter l’arrivée d’une bande de vers de terre bruyants. Ils sont trois, mesurent deux ou cinq centimètres tout au plus. Ils pénètrent dans le salon, bras dessus bras dessous, hilares, guillerets. J’esquisse un sourire. Tous les trois sont endimanchés dans des costumes trois pièces très bien taillés, probablement italien. Ils ôtent tour à tour leurs chapeaux pour me saluer. Je ne discerne pas la langue qu’ils parlent. Si ils sont espagnols ou si ils sont portugais. Un des trois lombrics s’approche et me tends de sa main un bout de papier. Il me fait signe de l’ouvrir. Précautionneusement je le déplie et je lis : « estàs soñando sobre tu meridiano ».

28 octobre 2020

Filed under: - euridix — euridix @ 23:30

J’ai beau passer les mots au peigne fin, décidément rien ne me revient.

27 octobre 2020

Filed under: - euridix — euridix @ 18:40

Un trampoline a fait se rencontrer mon genoux et mes dents. Il a joué le rôle de l’entremetteur rebondissant. Ces deux parties de mon corps ne s’étaient jamais autant rapprochées. La rencontre a été éclair mais visiblement séduisante. Maintenant, j’ai deux incisives qui comme deux plants de radis, gisent dans ma rotule. Cela rend les brossages expéditifs, un vrai gain de temps. En revanche, je ne souris plus sur les photos.

26 octobre 2020

Filed under: - euridix — euridix @ 22:41

Avec Simone, on a bâti un royaume de sable sur la plage de la guimorais. Une forteresse d’envergure. Pour y rentrer, pas de mots de passe, toquer ne sert à rien. On a retiré les portes des gonds, la lumière perce mieux comme ça. Simone a façonné les remparts et les créneaux, elle les a sculpté patiemment. Elle est minutieuse.  Moi, j’ai fait de mon mieux pour construire une chapelle au cas où les sorcières voudraient prier, j’ai vissé quelques patères aux murs pour que les chapeaux ne traînent pas. J’ai même ajouté une margelle si jamais les animaux ont soif. Simone a daller de coquillages la passerelle en refusant de l’achever d’une herse. Mais c’était marée descendante et le ressac a tout emporté. On ne s’est pas méfiés. Alors on a pleuré comme des enfants que nous étions. La vague nous a vexé car elle avait détruit notre château. Sans scrupules. Simone a séché ses larmes plus rapidement que moi et m’a proposé une partie de pogs pour me consoler.

25 octobre 2020

Filed under: - euridix — euridix @ 21:54

Si le creux de ton cou est un canal,

Et que le froid mord tes cervicales,

Une écharpe en laine fera l’affaire.

24 octobre 2020

Zut

Filed under: - euridix — euridix @ 21:56

Elle et ses paillettes chromées sur la fossette

a simplement oublié sa clef sur la banquette

Peut-être, anticipe-t-elle ce genre de pépin

Qu’un double « au cas où » est chez le voisin

C’est un oubli mais j’imagine que ça l’embête

 

 

 

23 octobre 2020

Quignon

Filed under: - euridix — euridix @ 22:26

Pas deux, mais trois tartines ont élu domicile au fond du grille pain. L’immeuble n’est plus qu’un ridicule tas de cendres. Tout à flambé dans un calme monacale. Quelques vapeurs nocives subsistent, toquent au crâne, donnant la migraine aux horizons. L’immeuble n’existe plus. Les trois tartines ont emmené avec elles le souvenir des miettes. Béat, à l’extérieur un joueur de dames fait grincer ses dents. Les étourneaux de l’avenue de janvier eux, n’ont toujours pas l’ombre d’une chicot dans le bec.

22 octobre 2020

Quignon

Filed under: - euridix — euridix @ 23:19

Pas deux, mais trois tartines ont élu domicile au fond du grille pain. L’immeuble ploie sous le poids du lierre ce matin. Tout un bouquet de rameaux, courre jusqu’au canapé. La pousse apparaît sans bruit, dans un calme monacale. Quelques jeunes tiges, sinuent jusqu’aux horizons. L’immeuble est branlant, cependant il semble être un bon substrat. Les trois tartines sont laissées-pour-compte. Béat, un saxophoniste s’époumone à l’angle de la rue. Les étourneaux de l’avenue de janvier eux, vont plus vite que la musique.

21 octobre 2020

Quignon

Filed under: - euridix — euridix @ 22:20

Pas deux, mais trois tartines ont élu domicile au fond du grille pain. L’immeuble accueille de nouveaux locataires ce matin. Malgré un piano à queue Steinway & Sons encombrant, un calme monacale persiste. Quelques effluves de tabac Amsterdamer invitent mes narines aux horizons. L’immeuble est mélomane, il n’est donc pas fâché que le joueur de bombarde du deuxième ait cassé sa pipe, cédant ainsi sa place à un pianiste. Les trois tartines, si elles avaient des yeux, se regarderaient en chien de faïence. Béat, un fumeur de pipe, ne l’ayant pas cassé lui, exhale des tronçons d’autoroute. Les étourneaux de l’avenue de janvier eux, n’ont que faire des déménagements.

20 octobre 2020

Quignon

Filed under: - euridix — euridix @ 22:03

Pas deux, mais trois tartines ont élu domicile au fond du grille pain. L’immeuble est soufflé par de puissantes bourrasques ce matin. Tout déferle avec fracas. Vente un calme monacale. Quelques gamins comparent leurs paires de pompes sur le trottoir, celui avoisinant les horizons. L’immeuble vibre sous la trombe.  Les trois tartines planent et guettent le miel. Béat, un môme qui fait plus vieux que son âge, grave le bois d’un banc public au canif. Les étourneaux de l’avenue de janvier eux, fauchent des surgeons aux bottes des charmes.

19 octobre 2020

Quignon

Filed under: - euridix — euridix @ 20:03

Pas deux, mais trois tartines ont élu domicile au fond du grille pain. L’immeuble grouille d’épeires ce matin. Tout est tissé du sol au plafond. Les toiles tamisent le son, le calme est monacale. Quelques fils de soie se nouent et se dénouent. Un maillage transparent scinde de carreaux la façade de l’immeuble. Les trois tartines filent comme le vers sa soie. Béat, un essaim d’araignées se ruent sur une desserte, fraîchement cirée. Les étourneaux de l’avenue de janvier eux, plient bagages et s’apprêtent à migrer.

18 octobre 2020

Quignon

Filed under: - euridix — euridix @ 19:59

Pas deux, mais trois tartines ont élu domicile au fond du grille pain. L’immeuble était en proie aux inondations, ce matin. Tout est submergé. Cela dit, le déluge a rependu un calme monacale. Quelques rafiots voguent sur les eaux croupies. Trempé jusqu’aux os, l’immeuble s’ébrouerait, si il était un chien. Les trois tartines essorent leurs mie. Béat, un mathurin, a la lèvre gercée, pagaie dans la boue visqueuse. Les étourneaux de l’avenue de janvier eux, défèquent en rafale et font brunir la crue.

17 octobre 2020

Quignon

Filed under: - euridix — euridix @ 22:08

Pas deux, mais trois tartines ont élu domicile au fond du grille pain. L’immeuble dormait encore à poings fermés. Tout somnole, pas l’ombre d’un spasme. Se distille un calme monacale. Quelques zeppelins dans le ciel serpentent jusqu’aux horizons. L’immeuble est terne mais ne s’effrite pas. Les trois tartines pestent de ne pas avoir été beurrées. Béat, un pilote de zeppelin, édenté, rase un charme de près lors d’une manœuvre. Les étourneaux de l’avenue de janvier eux, donnent la becquée aux petits, délicatement.

16 octobre 2020

Quignon

Filed under: - euridix — euridix @ 22:15

Pas deux, mais trois tartines ont élu domicile au fond du grille pain. L’immeuble a brûlé au moment du petit déjeuner. Tout y est passé. Ça s’est déroulé dans un calme monacale. Quelques crépitements éparses et une fumée dense qui s’empressait de grimper vers les horizons. L’immeuble était vétuste et avait fait son temps de toutes façons. Personne ne notera sa disparition. Les pompiers se sont congédiés au moment de l’incendie. Le feu menait sa chorégraphie librement. Béats, les étourneaux de l’avenue de janvier eux, ont continué à pépier, rasants les braises, émoussants leurs plumes.

15 octobre 2020

UV

Filed under: - euridix — euridix @ 23:57

Dos et grain de beauté

hâlent au soleil,

œil de perdrix le salaud,

ronge l’orteil.

14 octobre 2020

Mutique

Filed under: - euridix — euridix @ 23:02

Vêtue d’un pardessus,

Elle part devant,

Ma bouche cousue,

Je reste derrière.

 

 

13 octobre 2020

Mardi mouillé

Filed under: - euridix — euridix @ 14:40

Pâleur au front,

Chlore aux yeux,

Petite sensation de choir sans bleus.

12 octobre 2020

crari x henri

Filed under: - euridix — euridix @ 19:29

Nu debout, plante ornementale,

la dormeuse sur la table violette,

le rêve,

Henry de Montherlant,

robe rayée, fruits et anémones,

jeune femme drapée,

nu au diadème,

souverän,

corsage noir brodé blanc,

coquillage sur table marbre noir.

 

 

 

Nu debout, plante lorgne le mental,

la dormeuse éteinte sur la table violon,

le rêve,

on rit de monter lentement,

robe rayée, fuite des animaux (zèbres),

je ne feins pas l’âme au drapé,

nu au diable aimé,

le souffle règne,

corps sage noir, corps bridé blanc,

coquillages, l’été attablés au manoir.

A propos

Filed under: - euridix — euridix @ 00:04

Rideaux de fers et portes cochères,
Rien autour,
Ritournelles dans la ruelle,
Repentir sur les contours.

10 octobre 2020

Mamane

Filed under: - euridix — euridix @ 20:15

Chez mamane, c’est le bordel, les couverts teintent, les clients jubilent tellement l’agneau est bien cuit. Les grains de semoule ne se battent pas en duel, les légumes sont tendres et juteux. Mamane est un cuisinier généreux. C’est une ode au couscous et au tajine, mon ventre écrit.

9 octobre 2020

La fraude

Filed under: - euridix — euridix @ 22:14

Le canidé féroce jonche le plancher,

Une épaisse muselière,

File la rame sous les voûtes en berceaux,

Une fine poussière,

Écarquillés qu’ils sont mes yeux,

Assomé par les panels des vieux.

from above

Filed under: - euridix — euridix @ 00:01

C’est un capharnaüm ses cheveux, je pense qu’elle ne se coiffe pas. Ils sont tous hirsutes, il semble que ça ne la chagrine pas. On discute, elle me retrace son voyage. Elle dit que Syracuse mérite d’être explorée. Les amphithéâtres de Sarausa, la ville de Catane et l’Etna. Elle a noué en huit sur ses épaules une veste verte, sans ouatine, mais suffisamment épaisse pour la parer des coups du froid, enfin j’imagine. C’est du velours côtelé quand même.

Elle lui sied bien au teint. Elle est anxieuse à souhait. Elle doute, elle néglige toutes ses idées. Pourtant, elle foisonne d’espiègleries. Elle est rusée. Elle a même inventé des chaussures en torchis. J’aurais aimé la rassurer mais en vain. Comme elle, je me ronge les sangs, je regrette l’été, je suis incertain, on aurait juré deux convalescents.

7 octobre 2020

un noyau dans le 13e

Filed under: - euridix — euridix @ 22:14

En contrebas j’ai vu,

Entre parenthèses, place d’Italie,

Un pépin blottit en chien de fusil.

Sa narine vint à le gratter, aléa d’eczéma.

Il se gratta, le pépin, blottit en chien de fusil.

Entre parenthèses, avenue de Choisy,

En contrebas et vice versa.

ex aequo

Filed under: - euridix — euridix @ 00:27

Je ne te reverrai jamais, dis-je, et lui : « regarde tes mains. » Elles sont toutes écorchées et sous les ongles une nappe de copeaux argentés. Nous sommes ex aequo. Ma question passe à la trappe. Sa nuque à lui, il y a une heure de ça, portait un bijoux brillant très simple. Une chainette avec en pendentif des initiales. Cadeau ou trophée de guerre, la breloque qui décorait son cou, avait laissé une marque sur sa peau en s’en allant. Elle avait disparu. Il louvoie devant moi, parce qu’il a bu probablement, ou qu’il peine à reprendre son souffle, mais son cou est distinct. Faut dire que dans la course on ne s’est pas ménagés. Pourtant j’ai épié les recoins et mes cuisses claquaient et ma bouche était sèche. Je voulais me planquer, l’esquiver même fondre. Derrière je l’entendais tonner, rouspéter avant qu’il se mette à cracher. Tout a changé quand son épaisse bile en monticules à commencer à garnir le sol. C’est des agglomérats de bave qui se sont pavés sous mes cuisses qui claquaient toujours. Mon pieds sursaute. J’ai glissé sur sa morve, mon coude a cogné la jardinière, mais mon genoux était bien contre un mégot.  Il y a cinq doigts sur ma main droite mais c’est souvent l’ongle de mon majeur qui mécaniquement se croche. C’est dans son sautoir ici qu’il est venu se pincer. Il n’a pas ressenti le pincement. Hâtivement, il m’a repris la photo de nous, dans mon blouson. Celle ou ma frange est biscuit et ses dents sont caries. Son souffle est court toujours, à bout, il s’éloigne. Dans la perte nous sommes ex aequo. Comment on fait s’épouser deux lettres?

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