Errances

23 avril 2022

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19 avril 2022

La parole d’Ernest

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 23:57

Une fois sa condition stabilisée, les médecins de Mont-Michel entamèrent l’élaboration de la prothèse du patient 0. Il est arrivé prioritaire au centre de réanimation. Le succès de sont traitement a une trop grande valeur symbolique pour que l’ordre des médecins ne faillisse. Le ministère envoya de Paris la docteure Eva Rauchenbach anxieuse de faire la démonstration médiatique d’une méthode encore jeune.

Elle prit, au plâtre, l’emprunte de la crête d’os, de peau et de cicatrices qui interrompt le visage du garçon au milieu de l’arrête de son nez. Depuis cette matrice, elle a sculpté à la glaise la forme lissé du crâne fantôme d’Ernest.

[note de bas de page détaillant le procédé jusqu'à la cuisson d'une céramique alumineuse]

Après une semaine de travail, la docteure Rauchenbach remet sa prothèse aux chirurgien.es de Mont-Michel. Quand Monsieur Cordina est sorti chambre stérile pour le mener au bloc opératoire son  rythme cardiaque a chuté, sa respiration s’est rompue, son corps commença à convulser, il a fallu deux infirmier.es pour le tenir alors qu’on lui administrait une dose d’adrénaline.

Ernest se redresse haletant, de la sueur perlant sur ses joue. Deux mains saisissent son mi-visage sous ses oreilles. C’est une femme médecin qui lui parle.

– Monsieur Cordina, gardez votre calme, vous êtes revenus d’une absence. Vous êtes à l’hôpital de Mont-Michel, nous allons vous aider. Nous allons vous stabiliser. Nous allons vous redonner un crâne pour que votre esprit ne vous échappe plus. Une prothèse que je vous apprendrait à retirer. Vous allez pouvoir choisir quand laisser votre tête se dissiper.

Ernest n’a pas écouté la profession de foi de la prothèsiste. Il cherche une ancre dans ce corps qu’il redécouvre. Il retrouve le poids de son cœur brusqué, le poli de ses dents caresser sa langue ; il entend le défroissement de ses poumons quand il inspire et le grincement des fibres musculaires dans les intermittences de son dos. Ses jambes veulent courir, ses bras veulent danser, sa gorge veux crier et sa mâchoire veut mordre. Mais sous l’appétit enthousiaste de la chair à vivre, le cœur faibli, il commence à vaciller sous le poids de toutes ses pulsions.

Un infirmier pose une main sur son épaule.

Respirez profondément. 

En expirant une large bouffée d’air, Ernest sent la fatigue de ses bras tirer sur son dos, il se souvient du poids que les jours trop longs avaient sur ses paupières, il retrouve la paresse qui l’empêchait de succomber à des agitations trop vives.

Dormir c’est exister.

Il entendit sa voix rebondir contre les murs. Pour la première fois depuis 4 semaines, Ernest a parlé.

 

 

 

29 mars 2022

J’ai scratché Ali

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24 mars 2022

Maurillons

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 20:27

Un soir d’été, Maurille s’est endormi, allongé par terre à côté de la Taude. Le sol était bien sec, l’air était parfaitement doux et le ciel bien dégagé. Il était si bien installé qu’il était encore là le lendemain. Il avait l’air si tranquille que personne n’osait le réveiller. Deux jours plus tard, on a commencé à s’inquiéter. Une semaine après on a crié au miracle. Au bout d’un mois, les curieux des villages d’à coter venaient vérifier la rumeur.

À l’arrivée de l’automne, il se mit à ronfler. Agacés par le bruit de son sommeil, on a préféré le laisser seul. Il s’était habitué au froid, au bruit des moqueries et aux insectes qui marchaient sur lui comme on marche sur un vulgaire caillou. Il était résolu à ne rien laisser perturber sa sieste.

La rivière grossie par la pluie avait imbibé le sol et le paisible Maurille s’est laissé enfoncé par la terre devenue molle. Des racines avaient poussé sur lui, et de la mousse lui poussait dans les mains.

Au printemps il était recouvert d’une motte de terre sur laquelle commençait à pousser la consoude. À l’approche de l’été, des petits êtres de céramiques sont sortis de terre. La motte avait disparu. C’est ainsi que sont apparues les Maurillons qui veillent sur la Taude et ses alentours.

 

L’évêque

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 00:54

Solveig n’a plus soif de terrasses, elle a mis les œillères. Elle ne voit que  son travail. Le reste lui siphonne son argent, son moral et sa santé. Les pintes ne lui manquent pas, les nouvelles de la dépêche non plus.
Le récit effréné et terrifiant de l’humanité ne lui a apporté rien d’autre que plus d’angoisses et de haine.
Démunie face à la morbidité de l’information, à la furie grandissante dans les bars, à la colère des un.es, à l’abattement des autres, elle s’est rabattue sur un mépris par défaut.
C’est quand elle a râlé contre un facteur absent qu’elle s’est alarmée.

Merde, ça fait combien de temps que j’ai pas été heureuse de me lever ?

Je n’aime même plus aller au bar.

Je vais finir comme cette pauvre Corinne à cracher sur les jeunes du comptoir .

Elle a repris la piscine, elle a coupé les ponts, elle travaille, elle a besoin de quelques mois de journées simple.
Avant de se laisser perdre les pédales.

Après une semaine de calme, loin des discours fallacieux, des nouvelles délirantes, de la détonation d’un.e céphaloblasté.e, une main sonne à sa porte.
Solveig habite une de ces grandes tours en terre cuite de Mont-Michel: personne ne sonne au porte à par les invités ou la police.

Il est 13:37 c’est son jour chômé.

Le repos c’est sacré putain !

En ouvrant la porte elle trouve un trentenaire qui cachait son visage derrière une barbe grotesques, d’épaisses lunettes de soleil et une capuche.

Lucifer est tombé mademoiselle.

Il habite dans cet immeuble ? –

-Non il est plus vieux que nous tous ! C’était une créature du Ciel !

Solveig réalise que c’est un de ces prêcheur post-catholique. Un héritier de ces dévoués déçus par la chute de la Sainte-Eglise Catholique en Ventôse 137. Sa mère lui avait raconter en avoir connue dans son adolescencen apparemment il en reste.

Vous êtes précheur.euse ? –

Je suis venu vous porter ce message :

La lumière divine est tombée sur terre et les céphaloblasté l’ont ramassée.

Ses deux mains jointes se sont plaquées sur son visage. Il commence à chanter d’une voix claire que ses mains n’étouffent pas.

Sa capuche, en tombant, emporte sa perruque. Ses lunettes, posées sur un masque blanc étaient encore tenus par ses mains quand il se retourna pour rejoindre les escalier. Il n’avait même plus de bouche, c’était un menton prolongé par les lignes du reste de sa mâchoire.

Elle l’a entendu chanter jusqu’à ce qu’il rejoigne la rue.

19 mars 2022

Courir

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 18:45

Solveig se mis a courir parceque plus rien ne pressait.

Parce qu’il faisait beau, qu’elle allait voir celle.ux dont l’existence rassure,

celle.ux qui savent encore jouer comme des enfants.

Elle croise un chien qui court après un bâton, elle voit des adolescent.es qui courent en rigolant.

Solveig court bien, elle court vite.

Elle sait que le meilleur monde qui lui est autorisé est ici, dans le présent. Caché dans ces choses qui donnent le sourire au quasi-morts.

Que les souvenirs de ces jours heureux, parcequ’ils sont comptés, seront inéstimables face à l’epreuve.

 

17 mars 2022

Maronnier de printemps

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 23:38

Sa conscience inondée par l’orange de ses paupières fermées,

Son corps délié écoutant, à peine,

Ses ami.es qui lui parlent de flemme.

 

16 mars 2022

5 10 10 7

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 09:00

Je cherche à aimer.

Autant d’instants que la haine épargne.

Autant de destins dont je témoigne,

projeté.es sur vos écrans.

.

15 mars 2022

La levée du vent

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 00:00

Combien de douceur

reste-il à ce printemps  ?

Continue à vivre.

1 mars 2022

Lundi

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 02:23

Il est des informations trop lourdes pour l’instantané. Elles nous dépassent toujours quand elle se dévoilent.

Des léviathans cachés par l’opacité du réel. Des formes infinies que l’on doit imaginer pour les constater.

Je n’ai pas de mots pour ces réalisations, cette rencontre avec l’évidence de la fragilité de l’existence.

Ce monde nous ignore. Autant que nous sommes, il ne s’arrêtera pas à nous anéantir. A saigner nos familles, à anéantir notre avenir, à interrompre les vies.

Certaines réalités nous empêchent d’ignorer la fragilité de notre époque, de notre paix, de notre contrat social, de notre vie.

La mort nous attends collectivement. Elle nous attendait avant la naissance de nos ancêtres.

Hier, à contempler les infinies et définitive implications de cette fin, j’ai oublié mes addictions, mes désirs, mes regrets, mon nom, mes hésitations. J’ai voulu voire cell.eux qu’il me fallait serrer dans mes bras une dernière fois. Que mon corps ne puisse douter de leur présence.

I.elles n’étaient pas sous mes yeux, je ne les retrouvait que dans les souvenirs de leur proximité.

J’en ai appelé certain.es, parfois, je rencontrai pas leur répondeurs.

J’en ai écrit à d’autres, vous compris.

Rien d’autre n’a compté. Ni la faim, ni le froid, ni les épuisements. Il ne restait qu’un léger chagrin, et la gratitude de le reconnaître.

A mon réveil j’ai observé mes responsabilités, j’ai remis le masque social, j’ai agis sans fatigue ni regret.

J’ignore si c’est de la lucidité ou de la folie. Le quotidien est résolument absurde, arbitraire, fragile et inespéré. Le soleil a chauffé ma peau, un chat m’as reconnu, des visages m’on souris et je n’ai pas eu peur. La colère s’est enfuit, elle est devenue un frein inutile entre moi et le monde que je veux ressentir.

J’ai fait le choix de vivre, aujourd’hui.

Aussi longtemps que je pourrais me souvenir cette poignée d’êtres que je voulais serrer contre moi.

Je reconnais ce sentiment, je l’ai découvert dans des pages de livres, je l’avait déjà eu en rêve, je l’ai toujours attendu. Je suis allé le chercher dans l’art et c’est dans les journaux que je l’ai trouvé. D’abord par échappées, et puis hier, 5 mots dans la dépêche:

 

 

 

La malette nucléaire est décachetée.

 

 

 

La fin que l’on m’annonçait en fiction, je l’ai ressenti en silence en attendant qu’elle s’efface. Elle est restée suffisamment longtemps pour faire voler en éclats, les constructions de mes acquis. Je ne sais pas si je l’ai invoquée en me préparant à la percevoir, par mes obsessions sensibles. Ressentir ce que l’on attends ne devrait pas me surprendre et pourtant je suis choqué.

Des pans entiers de mon identité ont disparus. Il ne reste que des évidences que je ressens enfin. Cela rend le réel plus digeste, et le souvenir plus beau.

Je retrouve le sommeil.

 

28 février 2022

La fin de l’illusion

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 00:50

Aujourd’hui la fiction se montre dépassée par le réel. Le déni semble impossible. Des enjeux infinis sont lancés et rien ne paraît les  contrôler lucidement. Cela, sans doute, n’a jamais été.

Le désespoir est mort, et Vercors l’a tué.

Le déni, que je croyais inévitable, paraît impossible ce soir.

Le quotidien n’existe plus. Rien n’a de sens en dehors de ces précieux souvenirs de tendresse, de joie, de jeux et de soin. Plus que jamais, j’ignore combien de lignes il nous reste à écrire ensemble. Et dans cette suspension du réel tant d’évidences deviennent inestimables.

Les matins qui nous attendent sont devenus une chance de les perpétuer. C’est ici que résident les joies infinies dont les êtres vivants ont l’éternel secret. Il serait dommage de laisser les horreurs de ce monde nous les retirer avant notre dernier souffle.

Aucune prison n’annulera nos plus précieux instants.

Aucune guerre n’arrêtera la beauté du monde.

Aucun.e destin ne nous a retiré l’occasion de célébrer cell.eux qui nous honorent de leurs proximité.

 

Merci à cell.eux qui écrivent autour de moi.

Merci à cell.eux qui nous précèdent.

Merci à cell.eux qui nous ont lus, nous lisent, nous liront.

Aimons ce qui nous reste. Souvenons-nous de la beauté de ce que nous perdons pour qu’elle ai sa chance de ressurgir dans l’incertain.

24 février 2022

A propos du coeur

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 23:13

Combien souffrent de prendre l’affection pour acquise ?

Elle est une joie, une nécessité, un don, un droit, une bénédiction que l’on n’arrache à personne.

 

15 février 2022

Le rêve d’Ernest

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 19:45

Le souffle de l’air dessine des vagues sur un champ de blé infini. Traversé par aucune route, aucun.e humain.e semble l’avoir altéré. En suivant les microrafale, on laisse défiler de larges collines dorés. Le ciel n’a pas de couleur, il n’en a jamais eu. Le défilement des dunes d’épeautre s’accélère. Une falaise de verre arrête le parcours du vent. Elle émet un bourdonnement sourd, en la caressant, on est traversé par une électricité furtive. C’est une monumentale télé cathodique, à l’exception de son écran, elle a été englouti sous les céréales. Elle affiche des lettres de pixels adoucis:

Parking N:......................................................
Places vacantes:.............................................. ∞
Places occupées:.............................................. ∞









.................................................................

Au loin, les collines s’enfoncent en une ouverture rectangulaire colossale. Trop grande pour être vue de prêt.

Le bourdonnement de la télévision est doux.

L’air est chaud.

 

14 février 2022

L’aveu

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 04:01

L’age s’approche,

Les potentiels ne sont plus éternels,

Il faut choisir,

Dire au revoir à l’enfance,

Et trouver son identité changée,

Un nouvel être, 

Certain.e de ne pas comprendre l’infini. 

Ahuri.es parmis les ahuri.es .

 

Ce psaume, Hedwige, je le récite chaque jour, il est mon ancre au réel. Je ne connais plus les humain.es, je crois. Je ne me connaissais pas autant. J’ai retraversé chaque instant de ma vie sous le jugement du savoir. Le mystère de l’individu s’arrête dans un tourbillon. L’identité n’a pas plus de sens que les mots de ses amis. Le réel s’infiltre et déverse trop de mystère pour m’éviter la paranoïa. Trop d’évènements arbitraires que je ne comprends pas. J’ai absorbé le monde, j’ai oublié mes proches. Je ne les ais jamais autant aimé, j’ai voulu leur être présent. Il fallait que je me resitue. Que je dorme. Que je pense. Que je mange. Que j’écoute.

J’écoutais jusqu’à trouver tes pas à l’accueil de cet hôtel. J’ai ressenti ta frustration contre les gardes, tes agitations, ton regard. Je me suis reconnu dans les reflets de ton être. Et avec moi tout.e.s cell.eux que j’ai jamais voulus comprendre, suivre et écouter. Cell.eux qui ont accompagné les larmes jusqu’au souvenir. Les gens que l’on aime.

Je te remercie Hedwige d’être venue.

Je veux sortir d’ici.

Allons nous promener.

 

13 février 2022

Post-Vérité 1/2

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 22:48

11 septembre 2001. Deux vols pour Los Angeles quittent l’Aéroport de Boston et s’écrasent dans le World Trade Center. L’Absurde s’impose à la nation du rêve. L’indiscutable symbole de la domination économique américaine s’écroule en quelques minutes. Un instant répété en boucle à travers le tissu médiatique en manque d’explications. On revit les images de l’inexpliqué. On fait le vœux collectif de ne jamais oublier.  Never Forget.

Dans la hâte, les autorités américaines, fournissent partiellement des éléments de réponses. Les médias spéculent et diffusent des informations parfois incohérentes. Pour cell.eux qui ne se satisfont plus des vérités officielles et médiatiques, c’en est trop. Les sceptiques de tout les horizons se réunissent dans Le Mouvement pour la Vérité du 11 Septembre, en 2002. Mais le doute ne leur suffit pas longtemps. Les hypothèses se multiplient sans se croiser. La vérité se multiplie et se justifie en opposition au mensonge officiel.

5 Février 2003, le secrétaire d’état Colin Powell agite à l’hémicycle de l’O.N.U un flacon qu’il désigne comme étant la preuve que l’Irak fabrique des arme de destruction massives. La communauté internationale s’engouffre dans une nouvelle guerre sans avoir eu à vérifier les preuves. Les commanditaires des attentats ne sont pas encore connus, mais ils sont déjà désignés.

« [Les Etats-Unis se sont] toujours construit sur des fantasmes, des constructions imaginaires […] l’Amérique s’est peu à peu transformée sous l’influence de ses fantasmes  » écrit Rémi Sussan dans Aux origines de la post-vérité : De MayFlower à Donald Trump. (2018)

La rapidité des flux d’informations domine leur vérifiabilité. L’imaginaire s’est infiltré. La vérité se noie, victime de sa lenteur.

2004. La formule apparaît en couverture du livre de Ralph Keyes commentant les mensonges de l’admistration Bush à l’issu de 2001.

L’ère de la Post-Vérité: Mensonges et Malhonnêteté dans la vie contemporaine.

Post-Vérité ?

10 février 2022

Post-nihilisme

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 18:00

1882, La révolution industrielle a transformé durablement et profondément les dynamiques des sociétés européenne, la croissance s’annonce sans limite, la morale chrétienne devient obsolète dans les sphères de pouvoir et Friedrich Nietzche annonce dans Le Gai Savoir.

 » Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué !  »

C’est de l’autorité morale du concept divin dont Nietzche fait l’épitaphe. Cet effondrement de l’autorité morale s’accompagne d’un réel chamboulement de la réalité perçue par l’occident. Si la foi chrétienne n’anime plus les peuples, comment vont-ils espérer ? Comment vont-ils accepter ? Sur quelles bases vont-ils décider ?

Ce sont là les questions que soulève l’absence de Dieu comme acquis, un grand rien. Nihil.

C’est sur les bases de ce choc cosmogonique que la pensée occidentale tente de se réécrire pendant le siècle des Guerres Mondiales.

En 1942, Albert Camus émet dans le mythe de Sisyphe que la condition humaine a toujours résidé dans ce choc. La créature humaine étant à la fois limitée et consciente, est soumise régulièrement à sa flagrante incompréhension des évènements qui la traverse et du monde qui l’entoure. Elle fait face à l’Absurde. Et c’est là, sa seule certitude métaphysique: elle sait qu’elle ne sait pas.

Face à ce choc, Camus liste trois suite pour l’Humanité. L’acceptation, le refus ou l’autodestruction. Le refus est un déni, une procrastination métaphysique qu’il faudra répéter jusqu’à sa perte. L’autodestruction est la perte infligée par l’action ou l’omission et ne mène qu’au néhant. Nihil.

Camus argumente que seule l’acceptation permet de surmonter le doute. Et c’est par l’exercice répété du doute qu’elle est obtenue. Car l’acceptation Camusienne est une célébration du doute permanent.

« Il faut imaginer Sisyphe heureux »

Post-Nihilisme.

 

9 février 2022

Post-Histoire

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 18:50

1989, Francis Fukiyama annonce dans La Fin de l’Histoire ?

[nous avons atteins]  » L’épuisement total de systèmes alternatifs viables au libéralisme occidental « .

1991, le mur de Berlin s’effondre et la guerre froide laisse place à l’essor d’un marché qui fait les démonstrations successives de son irrépressibilité.

Les chroniques de l’Humanité ne se sont pas arrêtés pourtant, nous pourrions dresser une longue liste de chamboulements politiques, de phénomènes naturelles ou de transformations géographiques qui nous séparent de la fin de la lutte entre les blocs l’Est et de l’Ouest. Mais nous ne faisons plus le récit d’une tension d’expansions entre deux forces qui se partagent le gâteau de la victoire de la Seconde Guerre mondiale. Sous sa proposition, Fukuyama sous-tends qu’aucun changement systémique fondamental peut arriver sous le joug du libéralisme, et plus largement, de l’expansionnisme des puissances économiques. C’est inscrits dans un ancien mouvement d’escalade que les puissances mondiales se sont engouffrées dans l’enchainement des conflits armés, des colonisations, des occupations, des déportations, des génocides, des exploitations.

 » L’histoire s’arrête quand les problèmes sociétaux ne sont plus adressés par le passage à un système politico-économique alternatif » poursuit Fukiyama.

La machine est en marche, nous ne savons pas l’arrêter.

1997, Jean Baudrillard dans La Fin du Millénium ou le Décompte, rebaptise la fin de l’Histoire de Fukiyama  en un effondrement de la réalité. Un seuil ou l’histoire se replie sur elle-même, se coinçant entre le passé et le futur. L’Humanité agit en essayant de reproduire le passé

« [en un] double artificiel, une exactitude factice »

Elle agis motivée par le récit de son passé tout en s’obsédant pour le décompte du futur. Baudrillard écrit à l’orée du deuxième millénaire grégorien. L’imaginaire collectif se charge de dates de fins du monde, des récites variés de ses occurrences possibles, épidémies, catastrophes naturelles, famines et holocaustes nucléaires. Nous attendons un choc en nous berçant de nostalgie.

Ce choc, il est aujourd’hui bien à porté de vue. Nous avons déjà franchis des dégâts irréparable sur l’écosystème planétaire. Nous en voyons ses conséquences s’aggraver en se multipliant.

« Quand l’on compte les seconde qui nous séparent de la fin, tout a déjà atteint une fin. Nous sommes déjà au-délà de la fin » poursuit Baudrillard.

Un au-delà qui n’est ni dans le passé, ni dans le futur. Le futur est inévitable, le passé immobile, il ne reste au présent que le constat, le déni et l’abandon.

Post-Histoire.

 

29 janvier 2022

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 19:43

Chaque visage une énigme incomplète.

Chômons !

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 01:38

25 janvier 2022

L’insomnie d’Hedwige

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 00:05

Léon avait éclaté le lendemain de sa suspension. Dans un bus qui rejoignait Granville. Hedwige l’avait lu le matin même dans la dépêche, elle n’avait pas fait le rapprochement. Elle pensait le remplacer temporairement, elle a hérité de son poste pour toute l’année. Les autres surveillant.es sont odieux.ses avec les élèves, les agent.es d’entretiens, les enseignant.es et courbent sagement le dos aux membres de la direction. Les élèves de l’internat ont lentement repris leurs effroyables agitations après le calme qui a suivi l’incident. On lui a demandé de ne pas en parler. Elle doit subir la présence des trois responsables de l’éclatement de Léon à chaque garde de nuit. Elle veut leur dire que Léon a explosé à cause d’eux, qu’il est entre la vie et la mort, qu’ils devraient avoir honte de marcher dans ces couloir, qu’ils ont fait perdre un travail à quelqu’un, qu’ils ne méritent ni la sécurité de l’internat, ni l’affection de leur amis. Elle répète le même monologue à chaque fois qu’elle les croise, ça lui donne mal à la tête. Elle va finir comme Léon, comme Ernest Cordina, on entendra plus parler d’elle, on lui donnera une prothèse le jour où elle s’effondrera sans vie dans la rue. La douleur dans sa tête s’amplifie, elle pleure. Il faut qu’elle empêche la douleur de sortir, elle saisi son crâne à deux main. Ses doigts s’enfoncent dans sa peau. Elle ne dormira pas cette nuit.

Elle sort fumer. Elle croit sentir son estomac se nouer, son cœur chuter, et sa tête siffler. La clope ne suffit pas, il faut qu’elle parle à quelqu’un. Elle ne parle pas à ses collègues, son frère est en voyage, et penser à ses anciens amis lui fait trop de peine. Demain elle n’ira pas au travail, elle a assez entendu que lui passe la torpeur. Elle faut qu’elle aille voir ce qu’il reste de Léon. Facile de retrouver les quasi-morts ces derniers jours. Depuis deux semaines, leurs absences se succèdent, et les prothèses tardent à arriver, alors on les range dans des chambres stériles dans les hôpitaux. Il doit être en réanimation à l’hôpital de Granville.

Elle retourne écouter les messages de Léon. Il ne mentionne pas Granville, il ne voulait peut-être pas la revoir. Peut-être qu’il l’a oubliée. Elle imagine son corps sans vie dans un dôme de verre. Elle l’imagine au fond d’une sale en train de lire ses pensées. Elle l’imagine jouer de la guitare chez lui avec son ancien visage. Elle a besoin de ne plus imaginer, elle veut avoir vu.

Son manteau, ses clefs, 30 francs et son auto l’accompagnent sur la route de Granville.

 

 

 

 

22 janvier 2022

Anno 245

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 17:45

A Chaalons, Sonia regarde les rives du Nau. Elle est y est éclusière, depuis 7 ans, et ce mois de Germinal est particulièrement doux. Le ciel a enfin, quitté le voile blanc de l’hiver. Il est d’un bleu de neige, unique à la levée du printemps. Les branches nues des arbres attrapent la clarté du monde et laissent paraîtres quelques bourgeons que le givre épargne enfin. La rivière en entrant dans le canal se fait troisième ciel, elle est un drapé miroitant la réalité de Sonia en la multipliant dans un mille-feuille de cieux.

Elle perd le pas de ses pensées, le temps s’oublie sous le spectacle du Soleil. Les pensées la distraient de l’indéniable invitation à la célébration qu’offre une caresse orange sur les contours du sol, entre les replis des écorces,  sur les dégradés des nuages, dans les perles de l’écume de l’écluse, sur ses joues, sur ses paupières fermés.

Dans le secret des yeux, il n’y a que la chaleur du Soleil, la caresse de ses vêtements, le poids de ses épaules et ce cercle rouge vif qui recouvre ses rétines. Il y a un son, qui recouvre le bourdonnement du paysage, un souffle s’amplifiant en traversant le ciel. Quand il passe au dessus de Sonia, elle voit  une ligne grise sombre fendre le ciel et ses reflets. Elle est suivie par l’amplification de ce son qui s’écrase dans ses tympans et sur résonne dans son thorax avant de disparaitre en un long écho.

Elle a vue les arbres trembler, l’eau de la rivière vibrer et a senti l’impact gronder dans la terre à quelques mètres d’ici. Il n’y a que la lumière qui semble avoir ignorer le défi de ce coup de fouet du ciel. Elle s’est jalousement accrochée aux branches, aux nuages, aux cils, aux yeux .

Sans un mot, les promeneurs, les cyclistes et les autos se sont arrêtés, bousculés par le choc. Sonia et les passants échangent des regards différents, certains affolés, d’autres ahuries, des amusés, des fatigué, des absents. Les curieux avancent vers le bassin de prairies où s’est creusé un nouveau cratère. Un cercle de terre retournée avait éclaboussé l’herbe d’une poussière sèche et fine qui tapisse les narine et dessine sur le sol des lignes fuyants vers le centre du cerce. On en voyait qu’un tiers, le sol recouvrait le reste. Un missile aérien, il avait raté sa cible, et s’était logé entre les maisons de Chaalons. Il n’explose pas, sa cible manquée, il s’était désactivé.

Il venait de loin, au delà de l’horizon.

Sonia s’absente.

20 janvier 2022

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 20:17

Oeuf au riz

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 19:14

On s’autorise a être heureux. On peut s’amuser, dans toute les situations, le présent nous le propose.

C’est une posture de l’esprit. Quand il fait face au chaos, il a l’écrasante liberté d’essayer d’être heureux.

On part à l’aventure, celle des autres, de leurs trahisons, de leurs idées contradictoire, de leur tendresse, de leurs sourire.

Une bataille transversale à celle du bien et du mal, entre l’euphorie et l’abattement.

Pour la beauté du geste !

Pour mourir en ayant essayer !

Pour aimer ce qu’il nous reste !

Pour envoyer une lettre d’amour au futur aussi sordide soit-il !

Dansons en roulant nos pierres !

 

Le pilote qui chute dois lâcher du lest

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 18:51

Soyons libre !

Trouvons la source de nos inactions.

Pièce après pièce, laissons les partir.

La vie est trop courte pour ne pas l’arracher au désespoir.

Dansons

18 janvier 2022

Salut la ville.

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 20:17

J’ai choisi de quitter Rennes. Il y a là trop de souvenirs.

Je ne désire pas m’acharner à les maintenir éveillés.

Je préfère leur manquer que de me décevoir à nouveau.

Je m’en irai, à la recherche de mon quotidien.

A l’abri de la colère et de la jalousie.

On a assez souffert en jalonnant les nuits.

J’ai peur de trouver l’enfer, là où je n’ai pas grandit .

Salut ma ville, je t’aime, il sera bon de nous manquer.

 

17 janvier 2022

Le rêve de Léon

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 10:02

Fuyant la pesanteur des mots, le photographe est partit s’aventurer au nord-est de sa ville. L’hiver y a révélé des plaines entières en gelant des courts d’eau. Un bocage brumeux s’offre aux marcheur.euses qui ne cherchent plus les promenades tranquilles. Surpris, le jeune homme rencontre d’immenses poteaux électriques qu’aucuns fils ne connectent et qu’aucune route ne borde. Ils s’enfoncent lentement dans un sols amoureux qui le tire désespérément avec des racines sinueuses vers l’autre-côté. En marchant vers le nord, il remarque que les poteaux se font plus nombreux. Le sol laisse paraître des pans de goudrons et des murs qu’il n’a pas encore conquis.

Le givre est remplacé par la neige.

Une colline, qui as été artificielle, lui demande d’empoigner racines et touffes d’herbes pour avancer. La neige partielle craque sous ses doigts, elle est tombée il y a longtemps, le gel l’a préservé. Au sommet, il est vastement parqué par un grillage noir en fer forgé. Les arbres sont rares, il y a, en revanche de trop grands corps, perdus dans le froid. Le premier qu’il vit était un grand chien à poil court couché sous la neige, on ne voyait que ses pattes arrières, et une portion de son dos. Il y avait dans l’air une odeur trop chaude pour la saison, le brouillard avait une odeur de vapeur. Le visage d’un élan, la gueule ouverte était au-dessus de lui, ses yeux s’étaient effacés dans la profondeur de ses orbites. En allant vers les grilles il vit chevaux, hermines, biches et castors partiellement couvert par la neige. Ils avaient un pelage encore intacts qui n’avait aucune douceur au toucher, il semblait recouvrir des blocs de bétons en forme d’animaux trop long et trop expressifs pour ce monde.

Leur odeur était rance.

 

14 janvier 2022

Soulagement et solitude

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 00:02

L’inquiétude partie,

Il ne reste que la tristesse,

Cela passera

10 janvier 2022

Precept de percepts

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 22:53

A la recherche de l’integrité absolue de l’expérience sincère qu’est l’Audace !

Indescriptible, un archipel de percepts trop évidents pour être remarquables, trop riches pour être ignorées. Ce que l’esprit communique le plus difficilement est semble-t-il mieux véhiculé par la voie du récit.

Un choc métaphysique dans un couloir est aussi courant que vite ignoré.

Il forge le sensible auquel chaque œuvre, chaque formule poétique, s’affronte dans le secret des lignes.

Ici est ma voie.

8 janvier 2022

L’attraction de la panique

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 21:29

Ecrasé par l’urgence, je marine dans la confrontation au chaos. Mes identités se dissolvent la rivière du chaos. L’inquiétude émerge, elle me soumet un futur imaginaire et désastreux. Plus je me le représente plus il semble se réaliser. Il est une prophétie autoréalisatrice peut-être inévitable peut-être inconséquente.

Je me souviens de ma foi, celle que la folie des humains trop convaincu avait chassée. Elle a survécu au détachements des dogmes que l’humain se chuchote pour ignorer le chaos. Au dehors, j’ai rencontré le désespoir et la force de la simplicité. Il y a dans l’évidence quelque chose de trop beau, comme un saut dans le vide, motivé par un amour de la beauté du geste désespéré, le tapis métaphysique. Ces humain.es disent que la certitude de la défaite accompagne l’inaction. La célébration de cette posture renforce l’attrait indéniable des percepts qui les accompagnent.

Par eux la terreur s’oublie, un temps poétique face à la célébration. Une bataille parallèlement croisée au bien et au mal, dont je redoute la résolution.

7 janvier 2022

-Comment ils t’ont pas dit ?!

Filed under: passerelles,- Casimor — Casimor @ 00:35

Je te raconterai ça dans quelques jours. Demain c’est ma pause, je la passerais pas à Mont-Michel. Je vais changer d’air. Désolé si je t’ai réveillé. A plus.

Les dernières nouvelles de Léon. Il n’est pas revenu à Mont-Michel depuis 3 semaines. Les gamins qui lui avaient valu sa suspension ont été mis en conseil de discipline. Ils s’étaient échappés par une porte qu’il avait oublié de fermer. A l’internat il a une réputation de tête en l’air depuis des mois. En même temps, il enchaîne les gardes de nuits et les gardes matinales 4 jours par semaines, et il prend jamais de vacances. Personne à part Hedwige ne lui cherchait d’excuse, ses collègues s’étaient mis d’accord pour le désigner comme l’incapable de l’équipe. Tim, chef des équipes de nuits, raconte à Hedwige :

– Il faisait la gueule depuis 2 semaine en même temps, il rigolait plus avec les élèves, il avait même commencé à manger dans son coin le soir. Ca faisait du bien, Léon, il installe toujours le malaise au réfectoire.

– Léon ? Malaisant ?!

– Le roi des emmerdeurs ! Il se plaignait tout le temps qu’on était trop durs avec les gosses, qu’on pouvait pas les fliquer comme ça. Youpi ! Je suis le surveillant sympa, arrêtez de faire votre travail, vous êtes des vilains. Enfin, tu vois comme il est.

Tim avais pris la voix de Léon, manifestement, il s’était entraîné. Hedwige ne l’écoute plus, elle souris poliment pendant qu’il s’engouffre dans une série de commentaires sur les manies de son ami. Pendant deux années, Léon lui avait parlé de l’autre-con, aucun doute, c’est bien lui. Un aspirant militaire, un capo-chef, juste assez sportif pour faire peur aux étudiant d’un bahut de province. Une heure avec lui suffit à le comprendre, tout ce qui l’entoure est du sale boulot. Il a mariné trop longtemps dans le mépris enfantin de ses alentours. Il est entouré d’incapables, gouverné par des incapables et aimé par des incapables. Tout est ni fait ni à faire. Mais lui n’y peut rien, il va pas les changer les incapables, il apprécie trop raconter leurs exploits aux autres. Hedwige profite d’une pause dans son monologue :

– Vous l’avez suspendu combien de temps ?

– Comment ils t’ont pas dit ?!

– Non, je veux bien le remplacer à l’internat, j’aimerais juste savoir combien de temps.

– Vous êtes mignonne vous, comment vous voulez qu’un de ces quasi-morts travaillent dans la sécurité ? Vous imaginez vous de ces sans-visages recaller un autre céphaloblasté à l’entrée du bahut ? Ca marcherait pas !

 

 

 

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